La lettre de H.L.M. juin 2022

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La lettre de H.L.M. juin 2022

La question du célibat imposé aux prêtres catholiques et l’interdiction qui leur est faite de se marier étant en quelque sorte le "fonds de commerce" de notre association, on ne s’éton-nera pas que la quasi-totalité de notre espace dans la revue soit consacrée à cette question qui semble connaître aujourd’hui un regain d’intérêt. C’est ce qui nous est apparu à la lecture d’une longue analyse d’un psychiatre italien sur "le malaise des prêtres" et à l’occasion du débat soulevé par un texte du "Chemin synodal" allemand : d’où les deux articles qui suivent. Mais on ne dira jamais assez qu’au-delà de toutes les théories, des idéologies ou des théologies, ce qui importe c’est les personnes et ce qu’elles vivent. Nous commencerons donc par évoquer des témoignages publiés par des prêtres mariés, plus souvent encore par ou avec leurs épouses.

Amour et foi

J’avoue que le titre de ce livre [1] m’a fait sursauter : à cause de la précision "marié religieusement"… ? Mais on comprend très vite la justesse du propos, pour deux raisons sans doute : Florence et Roger Chaveneau se sont mariés en 1967. Né en 1910, il avait derrière lui 28 années de ministère : on com-mençait tout juste à accorder les "dispenses" sous le nom de "réductions à l’état laïc"… L’autre raison est tout en profondeur : la foi et l’amour sont tellement indissociables dans l’expérience de ce prêtre et dans ses convictions qu’il était impensable pour lui, pour tous les deux même, de poursuivre leur chemin hors du cadre de l’Église.

C’est donc l’histoire d’un prêtre, cultivé et généreux, mais racontée à travers ses écrits : ses lettres, ses cours, ses homélies, ses méditations. Trente ans après son décès, son épouse Florence a sélectionné 200 pages de textes en n’intervenant que pour assurer leur compréhension par quelques brèves mises en situation ou des liens indispensables.

« Tous ses textes parlent d’un Dieu d’Amour, qui reste un grand mystère. Ses ministères auprès de lycéens (dix années), puis auprès des étudiants de l’Institut catholique de Paris (cinq années), qu’il voulait éveiller au mystère de Dieu. L’insupportable solitude engendrée par la brusque interruption d’une thèse de théologie, pour des affectations dénuées de tout bon sens. Puis la longue et pénible procédure d’une demande de "réduction à l’état laïc", afin de pouvoir se marier religieusement… Plus qu’une biographie, un témoignage précieux sur le fonctionnement de l’Église et du diocèse de Paris au milieu du XXe siècle. »

La plume de Florence, discrète mais indispensable pour faire revivre au mieux le parcours de Roger, ne s’impose qu’aux derniers chapitres pour évoquer leur mariage "en catimini" comme les règles l’imposaient, puis la maladie et le décès de Roger en 1990. Malgré toutes les promesses et les conventions passées, les funérailles à l’église lui seront refusées par ordre de l’évêque deux heures avant… « Repli sur notre jardin pour une cérémonie inouïe ! » Florence conclut : « Cette inhumanité des représentants de l’Église, en un tel moment, me conduisit à m’exonérer totalement et définitivement de l’engagement au secret qu’elle nous avait imposé : je ne pouvais, plus longtemps, rester complice de cette hypocrisie pour maintenir la fausse image d’une Église sans rides. » (p. 222).

Et c’est aussi l’occasion de rappeler un autre petit témoignage Écoute ton cœur et va ! de Christiane Vika, que nous avions déjà présenté dans notre bulletin de mars 2021. Il vaut la peine d’en prolonger la lecture par l’entretien qu’elle a accordé à Pascal Hubert et qui est accessible sur  https://www.youtube.com/watch?v=OvYv76uF9S0

Enfin, pour "actualiser", renvoyons au témoignage de ce nouveau couple cité par nos amis de Plein-Jour : Un prêtre quitte le ministère pour se marier. Voici la lettre qui a été lue par le curé de sa paroisse des Landes aux messes des 12-13 mars dernier.

« Chers amis de la paroisse, Vous nous connaissez bien ; Bernadette, j’ai régulièrement fait des animations musicales pour les grandes fêtes qui rythment notre vie de chrétien ; Emmanuel j’ai servi comme prêtre au milieu de vous depuis des années.
Aujourd’hui nous avons pris une décision importante : prendre un nouvel engagement dans notre chemin de vie, celui du mariage. Nous comprenons que cette nouvelle puisse être pour certains d’entre vous, inattendue et déroutante. Nous espérons qu’elle sera aussi pour vous chemin d’accueil, chemin de réflexion. Nous tenons à vous dire que c’est après une mûre réflexion que nous nous engageons maintenant ouvertement dans ce chemin. Nous avons personnellement espéré et attendu que l’Église hiérarchique permette aux prêtres qui le désirent, de se marier. Mais l’orientation de l’Église hiérarchique ne nous per-met pas de l’espérer actuellement. Nous ne cherchons pas ici à nous justifier ou à vous convaincre. […]
Nous voulons donc juste vous assurer que notre amitié demeure. Nous voulons également vous dire que ce nouvel engagement différent, n’est pas une rupture ni avec vous ni avec Dieu. Notre amour pour Dieu et pour répandre son Amour reste le même : aussi fort, aussi important.
A l’heure où la tristesse de la guerre accable tant de monde et répand son ombre de la mort, nous voulons témoigner de l’amour et ne pas le cacher, témoigner de la vie et continuer à prier pour qu’elle triomphe.
Que cette lettre vous trouve et vous garde aujourd’hui dans la Paix et que la foi que nous partageons en ce Dieu unique et plein d’Amour nous permette de nous retrouver demain et d’avancer sereinement.
Bernadette et Emmanuel »

Nous continuerons donc le combat…                                  

[1] Florence CHAVENEAU, Amour et foi d'un prêtre marié religieusement, Ed. Jets d'Encre, 234 pages, 2021

Pierre COLLET