La Lettre de H.L.M.

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Le Lettre de H.L.M. septembre 2018

 

C’est certainement d’humilité que nous avons besoin aujourd’hui : dans l’Église catholique en tout cas, après l’Australie, le Chili et la Pennsylvanie et l’invraisemblable déferlante de révélations sur la pédophilie de centaines de prêtres, la manipulation criminelle de tant d’évêques pour sauver les apparences, les tergiversations du pape François lui-même.... Nous imagi-nions avoir vécu le pire dans notre pays en 2010 et nous pensions nous en être sortis sans trop de mal. Mais voilà plus de 25 ans que ça dure, et la nausée gagne les plus patients. Les déclarations de tous bords font l’affaire des médias, souvent sans nuances. Les groupes et réseaux dont nous sommes proches ont pris la parole à ce sujet. On vous y renvoie.
Les analyses incriminent souvent de manière très univoque un célibat non choisi et mal assumé, comme par exemple pour l’écrivaine Nancy Huston, dans Le Monde.  Globalement d’accord, les groupes de prêtres mariés qui participent à nos réseaux avaient déjà travaillé cette question, de manière fine et nuancée.   Plus globale, l’analyse faite par Jean Lavoué ciblant aussi comme terreau d’enracinement l’attitude de l’Église catholique vis-à-vis de la sexualité, nous semble pertinente.   Le mal est endémique, il ne date pas d’hier, le diagnostic ayant été clairement porté par le pape lui-même : « abus de pouvoir, abus de conscience, conduisant à des abus sexuels ».
Évêques, théologiens, psychologues, et tous les porte-parole depuis le plus haut des hiérarchies jusqu’aux plus petites associations, tous ont emboité le pas du pape François pour redire que le mal le plus radical de l’Église était le ‘cléricalisme’. Mais l’évoquer une fois de plus ne mène sans doute pas très loin si on ne prend aucun moyen concret pour le contrer. Nous avons choisi de traduire dans ce numéro un article du théologien espagnol J.M. Castillo qui demande avec insistance qu’on n’en reste pas aux constats, et qu’on en tire les conséquences : c’est la structure même de notre Église catholique qui divise le Peuple de Dieu en plusieurs ‘classes’ ou ‘castes’ qu’il faut changer. De la même veine, nous aurions pu relayer une analyse aussi remarquable d’une religieuse américaine sur la prêtrise : « Est-ce que la racine de ce péché d’orgueil produit par le cléricalisme ne se situerait pas au cœur même de la théologie de l’ordination et de l’affirmation que le prêtre agit in persona Christi ? » 
Tout le monde semble donc bien mettre directement en cause la structure de pouvoir. « Le type de gouvernance qui perdure en Église mène à un véritable suicide collectif » , affirme la Conférence des Baptisé-e-s Franco-phones. Et de suggérer dans une lettre au pape François la tenue d’un vrai ‘Concile du Peuple de Dieu’, et dans une autre lettre aux évêques de France la tenue de réelles ‘Assises’ nationales. Avec bien entendu « la participa-tion active de tous les membres de l’Église ». Il s’agit de faire en sorte que la place des laïcs soit enfin reconnue jusqu’au niveau des délibérations, des décisions, des nominations.  Une révolution, bien sûr.
Commentant la visite du pape en Irlande, Colm Holmes, président de We-are-Church-International suggère une étape intermédiaire : vu que le C-9 – les cardinaux qui conseillent le pape François – ne parvient  pas à l’éclairer de manière satisfaisante, ne faudrait-il pas le remplacer, ou tout au moins le compléter, par un L-9 composé de laïcs et majoritairement de femmes… ?
Les idées ne manquent pas dans tous les documents cités. Partageons-les !

 

 http://www.pretresmaries.eu/pdf/fr/575-Francois_arretez_le_massacre_.pdf
   C’était en 2010 : http://www.pretresmaries.eu/fr/Publications.html#339 
  http://www.dieumaintenant.com/leglisecatholiquepeutellerenonceraupouvoir...
   Nicole Trahan : https://www.globalsistersreport.org/column/horizons/evil-clericalism-553...
   Voir l’appel de son secrétaire M. Bouvard dans ce bulletin, et les lettres envoyées par sa présidente A. Soupa http://baptises.fr/sites/default/files/communique-de-presse
   Voir les Communiqués de Nous Sommes Aussi l’Église et des Réseaux du Parvis : https://nsae.fr/2018/08/24/sortir-du-clericalisme/
http://www.reseaux-parvis.fr/2018/08/24/communique-de-presse-suite-aux-r...

 

La Lettre de H.L.M. juin 2018

 

C’est une fois de plus de l’étranger que nous vient l’interpellation qui fera la matière principale de cette lettre. Du Brésil plus particuliè-rement, où devra se tenir en octobre 2019 un « synode sur l’Amazonie » qui abordera enfin, à ce plus haut niveau, la question des ministères. Mais les paradoxes ne manquent pas, une fois de plus, comme on va le voir ci-dessous…
À l’occasion d’une visite au site web de nos amis prêtres mariés brési-liens [1], j’ai pu prendre connaissance d’un texte très éclairant de notre ami Eduardo HOORNAERT commentant la lettre aux Hébreux : être prêtre ‘à la manière de Melkisédek’  n’a rien à voir avec la prêtrise au sens où l’entendaient les Juifs de l’époque de Jésus, ‘selon l’ordre d’Aaron’, et cette formule nous entraine à mettre radicalement en question le sens même d’une ‘ordination’, et dès lors d’un éventuel ‘caractère transmissible’. La controverse s’est immédiatement installée sur le site en question : il semble bien qu’une identité affirmée de ‘padre casado, prêtre marié’ ne puisse pas être contestée dans le MFPC au Brésil (Mouvement des Familles de Prêtres Mariés), et on me dit que ceux qui ne s’identifient pas comme tels ne participent plus aux rencontres de ce groupe. Quand donc en relisant les origines du christianisme, Hoornaert se permet de dire que ce n’est pas l’ordination qui fait le prêtre, mais que c’est la droiture de sa vie concrète, il ne pouvait que susciter la réprobation de tant de collègues convaincus du contraire et qui attendent avec une certaine impatience de pouvoir reprendre du service… João Tavares, le modérateur du site, appuie d’ailleurs sa conviction sur les autres groupes de prêtres mariés dans le monde : « C’est ce que j’ai vu à la Rencontre internationale de la Confédération des Prêtres Mariés à Madrid en 2015, à la réunion des délégués européens à Bruxelles en 2014 et récemment à la Fédération latino-américaine à Quito : la grande majorité d’entre nous continue de croire à la participation de notre sacerdoce au sacerdoce éternel de Jésus-Christ. » Non João, cette affirmation est un peu forcée : je pense au contraire qu’on est loin d’une unanimité là-dessus…
Eduardo Hoornaert répond : « On s’est habitué à travailler cette question d’une manière idéologique. Pour moi, il s’agit de percevoir la réalité historique, ce qui n’est pas facile à cause de cette ‘histoire de longue duration’ (comme disait Fernand Braudel), que nous appelons ‘Église Catholique’. Reconnaître que l’histoire est une science, voilà de quoi il s’agit. Ainsi que reconnaître que la linguistique est une science : la Bible de Bayard traduit le fameux terme grec ‘aparabatos’ de Heb 7,24 par ‘intransmissible’). Ce serait un plus si les participants des mouvements de prêtres mariés pouvaient étudier la Lettre aux Hébreux d’une manière sereine et sérieuse, dans une perspective laïque (qui est la perspective de Jésus de Nazareth). Ainsi, le mouvement pourrait contribuer à une discussion fondamentale en vue d’une vision réellement laïque de l’Église. Sans oublier l’évolution à partir du 4e siècle, quand on pose un ‘rideau’ ecclésiastique entre prêtres et laïcs, comme au théâtre entre la scène et la salle. » Encouragés par cette suggestion, nous vous proposons donc la traduction du travail de Hoornaert à la suite de cet article…
Et puis cette dernière semaine nous retrouvons dans Golias Hebdo un article de Paul TIHON qui apporte de l’eau à ce moulin de l’anticléricalisme. [2] Fidèle à ses positions déjà souvent exprimées, il rappelle à quel point il est urgent de compléter l’intuition de Vatican II qui avait tenté de remettre en valeur la notion de ‘Peuple de Dieu’ sans parvenir à la rendre opérante dans les faits. Une question de fidélité à la Bonne Nouvelle de Jésus. « Je propose de partir d’une évidence première : que le mot laïc est un terme foncièrement clérical. [3] Il sert à délimiter nettement la frontière entre l’immense majorité des baptisés et la petite minorité d’entre eux qui occupent dans notre Église catholique des positions de pouvoir. »
Continuons à le citer, tant ses propos sont éclairants :
– G.H. : Vous évoquez souvent la réalité des communautés de base comme source de renouveau de l’Église. Vous en faites partie vous-même […]
– P.T. : […] Le retour à l’essentiel est toujours difficile à atteindre et à traduire dans les faits. Car il s’agit bien d’une transformation de nos réflexes courants lorsque nous utilisons le mot ‘Église’. De ce point de vue, le fonctionnement des ‘communautés de base’ a quelque chose d’exemplaire. C’est toute l’assemblée des croyants qui prend les grandes décisions, même si elle confie certaines fonctions différenciées à tel ou tel membre de la communauté. […] Va dans ce sens la pratique qui consiste à confier les divers services non à une seule personne, qui risque d’en devenir le ou la spécialiste, mais à des équipes. De même la pratique selon laquelle les services sont confiés pour des périodes limitées, ce qui oblige l’assemblée à reprendre conscience périodiquement du fait que c’est elle-même qui en est responsable.
– G.H. : Une église composée rien que de laïcs donc ?
– P.T. : Je propose plutôt de disqualifier les termes de laïc, laïcat et de les bannir autant que possible de notre vocabulaire. Par contre, tout le langage de la coresponsabilité et de la participation mérite d’être utilisé. Mieux : tout ce qui va dans le sens de la cogestion mérite d’être mis en œuvre. Et commençons par la base, au risque de quelques tâtonnements, de quelques échecs. Dans la foulée, je propose de mettre au frigo le mot sacerdoce, emprunté au vocabulaire du sacré. Mais ceci est une autre histoire… »

[1] www.padrescasados.org/archives/67219/67219/

[2]  Golias Hebdo n° 530 du 31 mai 2018, pages 14-16.

[3]  Nous avions aussi traduit et publié en 2010 la remarquable prise de position de José ARREGI, Ni clerc ni laïc :. www.pretresmaries.eu/pdf/fr/385-Arregi.fr.pdf

 

La Lettre de H.L.M. mars 2018

 

Le récent voyage du pape François au Chili et au Pérou a remis sur la table le sujet pénible  de la pédophilie de certains prêtres (15 % dans certains diocèses, prétend le dernier rapport pour l’Australie…) : ce n’est évidemment pas pour le plaisir que nous revenons là-dessus, mais il y a peut-être des leçons à tirer de l’événement.
À force de s’en tenir à des généralités, même tout à fait pertinentes, et en refusant la moindre critique concernant l’évêque d’Osorno, la crédibilité du pape François en a pris un coup, d’autant plus que son ami le cardinal O’Malley de Boston ne lui apportait aucun soutien en la circonstance…  Les médias se sont déchaînés et nos propres réseaux ont embrayé : le Mouvement International Nous Sommes Église et le Réseau Européen Églises et Libertés ont exprimé leur soutien à la protestation.[1]  L’opinion publique commencerait-elle à jouer son rôle aussi dans l’Église catholique ? Dès la fin janvier en tout cas, le pape envoyait un émissaire au Chili pour réévaluer les positions… Quant au fond de la question, nous ne pensons pas devoir revenir sur l’analyse que nous avions publiée en 2010. [2]
En Belgique puis en Suisse, les évêques et les pouvoirs publics ont su réagir et mettre en place les structures adéquates face à cette réalité tout à fait scandaleuse, mais c’est loin d’être le cas chez d’autres voisins comme la France. Face au manque de volonté des épiscopats nationaux, le Vatican de Jean-Paul II et Benoît XVI s’était dès lors attribué une gestion centralisée des cas de pédophilie, puis François avait créé une Commission vaticane pour la protection des mineurs qui vient de finir son mandat de trois ans. [3[ On savait que cette Commission avait du mal à fonctionner, et que deux de ses membres les plus connus, les laïcs Peter Saunders et Marie Collins, avaient démissionné à cause des blocages, des lenteurs et des résistances rencontrées, et parce que les quelques propositions acceptées par le pape n’étaient d’ailleurs pas mises en application… On refusait par exemple de « concrétiser le projet d’un tribunal interne à la Congrégation de la Doctrine de la Foi pour juger les manquements des évêques dans la gestion des abus ». Une nouvelle Commission verra le jour en avril avec 8 membres anciens et 9 nouveaux. On sait aujourd’hui qu’un membre non retenu, la psychothérapeute française Catherine Bonnet, avait voulu démissionner en juin dernier parce qu’on refusait, entre autres, « d'inviter les victimes ou les groupes de soutien aux victimes pour donner leur avis avant ou pendant la réunion plénière de la Commission ». Il est plus efficace évidemment d’inviter les gens à partir – quand on ne les exclut pas tout bonnement – que de tenir compte de leur expertise au risque de se mettre en question… 
Une nouvelle perspective de décentralisation semble se dessiner après le dernier Conseil des cardinaux (C9), car il existe aujourd’hui 1800 cas d’abus sur mineurs en attente et que la Congrégation pour la doctrine de la foi se trouve dès lors « surchargée de travail »… Sans compter que les affaires sont complexes à traiter, selon la législation de chaque pays !
Nul besoin sans doute de s’étendre. Ce que tout cela nous démontre, c’est que le type de gouvernement de l’Église ne fonctionne pas bien, notamment dès que des autorités sont en cause. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de contre-pouvoir dans l’Église, parce que les clercs sont toujours entre eux e toujours convaincus d’avoir raison, parce que la survie des institutions compte infiniment plus que le sacrifice des personnes… Il est radicalement impossible et malsain d’être juge et partie, et la séparation des pouvoirs est quand même la meilleure formule pour faire fonctionner une société. Cette affaire, comme d’autres d’ailleurs, devrait être une bonne occasion de s’interroger sur le système monarchique et sur ses alternatives. Quand donc compren-dra-t-on que l’Église ne doit pas fonctionner comme une entreprise  mais comme une société civile, comme un État. Sûr que l’Esprit s’y retrouverait mieux...  Et bon courage à François pour fêter ses 5 années de pontificat !
Une dernière nouvelle plus souriante avec la sortie du film Created Equal. C’est l’histoire d’une jeune femme, Alejandra Batista, qui intente un procès à l’Église pour discrimination… pour pouvoir entrer au séminaire et répondre à sa vocation de devenir prêtre. Une bonne occasion d’approfondir quelques questions théologiques et juridiques, mais aussi sociales et éthiques. Le film a déjà remporté 7 prix aux USA. Et il paraît que le DVD est disponible. On en reparlera peut-être…

[1] www.en-re.eu/images/pdf/Declaration_commune.pdf
[2] www.pretresmaries.eu/pdf/fr/339-Pedophilie.2.fr.pdf
[3] Voir par exemple les articles de l’agence www.adista.it 

 

La lettre de H.L.M. décembre 2017

 

Deux sujets que nous avons coutume d'évoquer semblent préoccuper les autorités de l'Église catholique en ce moment : la formation des prêtres et l'accès des femmes aux ministères, plus précisément au diaconat. Un troisième sujet en devient le corollaire obligé, comme on verra : il concerne du coup... les laïcs !

Tout juste un an après que le pape François ait donné de nouvelles lignes directrices concernant la formation des futurs prêtres – dans la Ratio fundamentalis en décembre 2016 – , les épiscopats sont en pleine réflexion, voire déjà au travail, comme en témoignent la session d'automne des évêques français à Lourdes ou, chez nous, le contenu du dernier bulletin de l'archevêché Pastoralia. Qu'est-ce qui pourrait ou devrait changer ? Pour faire simple, le pape voudrait mettre l'accent sur la "pastoralité" des candidats à la prêtrise plutôt que sur la stricte observance de l'orthodoxie, qui pourrait cacher bien des fragilités humaines. "Si un prêtre n'est pas formé pour être un bon pasteur, toutes ses connaissances intellectuelles ne lui serviront à rien." Même si les idées de Bergoglio sur la prêtrise restent archi-classiques, par exemple à l'égard des éventuels can-didats gays, on ne niera pas que cette vision des choses relève du bon sens.

Difficile de s'empêcher pourtant de s'interroger : tous ces efforts réformateurs peuvent-ils encore servir à quelque chose... ? Le nombre total de sémina-ristes en France était de 662 en 2016, dont 25 % provenant d'autres pays et un sur six dans "l'archi-tradi Communauté Saint-Martin"[1]... En Belgique, Pastoralia [2] en compte 19 en ce moment même pour la partie francophone de l'archidiocèse, dont seulement 2 d'origine belge, toutes années confondues.

Quant à la réflexion sur le diaconat [3], en particulier féminin, elle se poursuit en attendant que la Commission romaine rende ses conclusions et que le pape François puisse tracer un chemin. Plusieurs publications récentes de Golias se sont intéressées à ce sujet et les évêques et théologiens interrogés indiquent plusieurs voies que l’on pourrait résumer en deux idées : d’une part, rien ne s’oppose à l’ordination de femmes pour le ministère diaconal ; mais d’autre part, cette problématique se révèle bien plus large parce que beaucoup de diacres d'aujourd'hui (masculins) ne correspondent plus au diaconat tel qu'imaginé à Vatican II, en particulier parce qu'ils sont utilisés en suppléance du manque de prêtres : avant d'inviter les femmes au diaco-nat, il faudrait en priorité repenser les ministères, et de fond en comble.[4]

On n'a par contre guère parlé chez nous de l'initiative des évêques brésiliens de consacrer toute cette année (liturgique) à "célébrer la présence et l'orga-nisation des laïcs, hommes et femmes chrétiens au Brésil, en tant que Peuple de Dieu; approfondir leur identité, leur vocation, leur spiritualité et leur mission; et témoigner de Jésus Christ et de son Royaume dans la société". On assure que les débats devraient porter en priorité sur les préoc-cupations des Églises locales. Nos amis français de Nous Sommes Église [5] ont relevé que plusieurs réseaux internationaux demandeurs de réforme soutenaient cette initiative, l'enviaient même, rêvant que l'épiscopat français ait un jour la même audace. Et en Belgique, à quand une "année des laïcs" ?

[1]  Communauté caractérisée par une relativisation affichée de Vatican II... Lire là-dessus Demain, plus de séminaristes ?, dans Golias-Hebdo n° 503 du 16.09.2017.

[2]  Pastoralia, n° 10, décembre 2017, p. 5.

[3]  Albert Rouet, Diacres. Une Église en tenue de service, Paris, Médiaspaul, 2016. Voir aussi son interview dans Golias-Hebdo n° 505 du 30 novembre 2017.

[4]  Lire l'article d'un théologien bien informé de ces questions et qui n'est pas du tout un franc-tireur : Michel Legrain, L'Église catholique appelée à fonctionner autrement ? in Golias Magazine,  n° 176, septembre-octobre 2017, pages 66-81.

La lettre de H.L.M. septembre 2017

 

À la dernière rencontre de Hors-les-Murs en juin dernier, nous nous sommes risqués à relayer la question que plusieurs groupes se posent autour de nous et qu'ils nous adressent avec un peu d'insistance : "quelle attitude adopter concernant une éventuelle évolution des règles d'accès aux ministères ?"

Les vacances étant un temps de découvertes et de rencontres, mais aussi un temps de lecture, deux livres[1] parus ces derniers mois m'ont accompagné, qui auraient pu fournir quelque éclairage sur ce questionnement. Je revien-drai une prochaine fois sur le livre d'Alphonse Borras qui mérite plus qu'une simple allusion dans cette lettre. J'ai abordé celui de Luc Forestier avec bienveillance, surtout pour son présupposé du titre au pluriel et pour son insistance sur la fonction de "vigilance" des ministères (p. 154s..), qui «implique bien plus de chrétiens que les seuls évêques. Bien des épisodes de l'histoire de l’Église catholique montrent à quel point ce sont des laïcs, des religieux, des religieuses qui ont été porteurs de cette vigilance chré-tienne ». J'attendais donc beaucoup de ses trois derniers chapitres à propos des "ministères confiés à des laïcs". Mais c'est finalement très décevant : pas seulement parce que la théologie utilisée est purement théorique, c'est un choix habituel et qu'on peut admettre, mais surtout parce qu'elle repose sur cet a priori, que c'est la dimension structurelle (et donc hiérarchique) qui commande les critères et les choix à opérer. J'avais cru comprendre du Concile que c'était au contraire le Peuple de Dieu qui était (re)devenu le lieu central et la base de toute réflexion. Pas étonnant dès lors que l'auteur ne fasse même aucune allusion à Albert Rouet ou à Fritz Lobinger, que nous avons souvent cités dans ces pages, à leurs recherches sur les ministères à partir de la vie et des besoins des communautés.

À la question posée ci-dessus, c'est certainement dans cette direction qu'irait donc ma réponse personnelle. Mais vous, qu'en pensez-vous ?

[1]  Luc Forestier, Les ministères aujourd'hui, Salvator, 2017, 206 pages et Alphonse Borras, Quand les prêtres viennent à manquer, Médiaspaul 2017, 206 p.

 

La lettre de H.L.M. juin 2017

 

Hors-les-Murs vient de tenir son Assemblée Générale 2017 ce dimanche 4 juin : même si nous avons renoncé à notre statut d’a.s.b.l., l’association vit toujours et continue d’entretenir les mêmes contacts, tant à l’extérieur qu’avec ses membres. Nous étions donc une bonne vingtaine pour échanger sur les activités de l’année écoulée, en particulier l’accompagnement de deux ‘sortants’, l’état des finances, les contacts institués en Belgique, les relations internationales… Et hors de toute contrainte administrative, nous avons donc eu des retrouvailles très amicales, très agréables, et nous n’avons manqué de rien à l’auberge espagnole ! Trois membres ont accepté la charge d’administrateurs de l’association pour l’année à venir, Marie-Astrid Lombard, Jean-Marie Culot et moi-même.

Sur la question de fond qui nous est renvoyée par plusieurs groupes en Belgique mais surtout à l’étranger, et qui concerne l’attitude à adopter par rapport à une éventuelle évolution des règles d’accès aux ministères,  voire notre responsabilité d’interpeller nos évêques sur ce sujet, il n’y a pas eu d’accord évident entre nous : la discussion reste ouverte et vous concerne tous, évidemment. À suivre au prochain numéro…

 

La lettre de H.L.M. mars 2017 

 

Vers des prêtres mariés au Brésil ?

À suivre les médias d'un peu près, il n'y a pas que de la polémique dans l'entourage du pape François qui semble avoir bien du mal avec ses collègues cardinaux. Il y a heureusement aussi quelques perspectives libératrices. Si on peut faire confiance à son ami Leonardo Boff en tout cas... Dans une interview qu'il accordait au Kölner Stadt-Anzeiger à Noël, Boff s’attend à ce que les ex-prêtres mariés soient réintégrés dans la pastorale. “Les évêques brésiliens l’ont formellement demandé au pape”, affirme l’ancien franciscain. Et il assure, d’après des informations provenant de l’entourage du pape, que ce dernier aurait la volonté de répondre positivement à cette demande, du moins pour une phase expérimentale au Brésil. “En même temps, il s’agirait d’une impulsion pour que l’Église catholique supprime le fardeau du célibat obligatoire”. Il continue de souligner ce manque de prêtres, notamment au Brésil, remarquant qu'“il n’est pas étonnant que les fidèles se rendent en masse chez les évangéliques et les pentecôtistes pour combler ce vide d’accompagnement spirituel”.

Ces informations semblent bien dans la ligne de la déclaration du pape François à l'évêque Erwin Kraütler en avril 2014 – "Vous, les évêques, soyez donc plus courageux, faites-moi des propositions concrètes!" – et ont été relayées par l'évêque Demetrio Valentini à Aparecida le mois dernier. Bien sûr, il est loin d’être acquis que les quelque 100 000 prêtres mariés dans le monde soient désireux de reprendre du ministère, loin de là, et certainement beaucoup moins en Europe qu’en Amérique latine. Mais quand on parle de cela dans les pays du Sud, on renvoie volontiers à la proposition de l'évêque Fritz Lobinger[1] que nous avons souvent évoquée ici et à laquelle le pape penserait aussi, d’ordonner des "prêtres de communautés", non plus une "caste" de professionnels "séparés" du peuple, comme c’est le cas du clergé aujourd’hui, mais des personnes qui ont fait leurs preuves dans l'animation de leur "communauté de base" tout en continuant leur métier et leur vie de famille.

ça bouge un petit peu en Europe…

La dernière livraison de l'agence italienne Adista revient sur tout cela à propos du Brésil, faisant remarquer que l'Europe ne s'est pas engagée plus loin que quelques belles paroles... avec de timides exceptions qui semblent à nouveau venir d'Allemagne : il y a eu en octobre cette pétition des laïcs du diocèse de Fribourg-en-Brisgau après le mariage de deux de leurs "jeunes" prêtres et qui a recueilli quelque 4000 signatures. Il y a eu aussi cette "lettre ouverte" de onze prêtres de Cologne[2] : ils assortissent leur demande de levée du célibat obligatoire, provoquant une solitude qui leur pèse de plus en plus avec l'âge, de 7 propositions essentielles dont leur refus des fusions de paroisses : « [...] la nécessité d’une langue qui soit à nouveau compréhensible aujourd’hui dans l’annonce du message biblique; [...] le besoin urgent de tentatives courageuses dans l’admission à l’ordi-nation : il n’y a aucun sens à continuer à prier le Saint-Esprit pour qu’il nous envoie des vocations presbytérales, et à exclure en même temps toutes les femmes de ces charges; [...] le besoin de lieux pour les communautés qui font l’expérience de la foi, c’est-à-dire l’Église centrée dans la paroisse locale. »  La même livraison de Golias-Hebdo cite aussi le témoignage d'un groupe de prêtres mariés d'Arras dans La Voix du Nord  en septembre dernier : ils se plaignent en particulier de la manière infantilisante dont ils sont traités et demandent un minimum de respect.

Une curieuse polémique vient de surgir en France à l’occasion de l’annonce du projet de mariage d’un jeune curé de 46 ans.[3] S’il n’est pas le premier, il est par contre très connu. « Son nom est David Gréa, mais chez lui à Lyon il est parfois appelé David Guetta. Parce qu’il est bel homme, qu’il est apparu sur Twitter en col romain et sabre laser façon Star Wars et qu’il ouvre chaque dimanche son église Sainte-Blandine au groupe Glorious qui joue de l’électro-pop-louange, une musique aux thèmes évangéliques avec guitare, basse, batterie et synthé. […] C’est une figure charismatique, ce qu’on fait de mieux en matière de réveil missionnaire. Une sorte de pasteur évangélique fait curé. Un entrepreneur de Dieu, un "leader" comme on en cherche partout sans en trouver assez. »  Son départ fait l’effet d’un cataclysme… Au point que le cardinal Barbarin lui a ménagé une entrevue avec le pape François dans l’espoir fou d’obtenir une exception : sans succès… Car voilà : David paraît tellement sûr de lui qu’il estime que c’est encore Dieu lui-même qui l’appelle, mais cette fois à vivre dans le mariage.  Levée de boucliers de ses collègues qui l’appellent à un peu plus d’humilité : « Un homme quitte sa femme. Une femme quitte son mari. Un prêtre quitte le sacerdoce. Situations devenues banales, mais souvent terribles pour le conjoint, la famille, la communauté délaissée. […] Des fidélités successives sont-elles encore des fidélités, sans parler d’une fidélité devant Dieu ? »

Vous avez dit "vocation"… ?

Mais quand donc en finira-t-on de faire endosser par Dieu ce qui concerne au plus haut point la liberté et la responsabilité humaines… ? Un article d'une clarté éblouissante de Jose Maria Castillo[4] titre d'emblée : « Jusqu'au XIIIe siècle, la vocation n'a pas été considérée comme un appel par Dieu, mais par la communauté ».  Il développe ce sujet sur base d'une étude du Père Congar en 1966... : « C'est la communauté qui choisit et nomme la personne que l'assemblée juge la plus apte à remplir cette charge... Il est grand temps de changer la législation actuelle et de renouer avec la pratique du vote et de l'imposition des mains des premières "églises". (Ac 14,23) » Le théologien poursuit sur le thème de la "perpétuité" du ministère qu'il met résolument en question sur base de « la pratique du premier millénaire concernant... les évêques et les prêtres qui s'étaient rendus indignes de leur fonction : ils sont mis à pied et à la rue...! Le "caractère sacramentel" a été inventé au XIIe siècle.» Castillo interprète donc ici la perpétuité au niveau canonique là où d'autres situent généralement la fidélité au plan moral. On aurait aimé bien sûr que l’histoire nous livre aussi d’autres exemples de non-perpétuité qui ne seraient pas forcément des sanctions pour des fautes commises…

C’est une question qu’on discute depuis si longtemps entre nous qu’il nous est difficile d’entendre le récent discours du pape François devant les délégués des religieux : « C’est la culture du provisoire qui aggrave cette saignée, et de citer en exemple un jeune diplômé engagé dans une paroisse qui avait confessé à son évêque vouloir devenir prêtre mais pour dix ans… » Plutôt que de se plaindre d’un contexte qui induirait ce genre d’attitude non définitive, ne serait-il pas sage de relire la Dynamique du provisoire du frère Roger de Taizé (1968)… ? Et de continuer d’inviter, comme dans Amoris Lætitia, « à essayer de discerner l’intelligence des situations ».

[1]  voir p. ex. Emilia Roblès, Experiencias latinoamericanas, in R. Alario, P. Collet, J. Mulrooney, Prêtres dans des communautés adultes, 2015, p. 233-248.

[2]  citée par Gino Hoel in "Hémorragie" : 3000 religieux et 650 prêtres partent chaque année, in Golias Hebdo n° 467, 9 février 2017. "Depuis 5 ans, cela s'aggrave d'année en année".  À lire sur  www.pretresmaries.eu/fr/Publications.html#551

[3]  Voir entre autres Golias Hebdo n° 470, 2 mars 2017.