La Lettre de H.L.M.

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La lettre de H.L.M. décembre 2017

 

Deux sujets que nous avons coutume d'évoquer semblent préoccuper les autorités de l'Église catholique en ce moment : la formation des prêtres et l'accès des femmes aux ministères, plus précisément au diaconat. Un troisième sujet en devient le corollaire obligé, comme on verra : il concerne du coup... les laïcs !

Tout juste un an après que le pape François ait donné de nouvelles lignes directrices concernant la formation des futurs prêtres – dans la Ratio fundamentalis en décembre 2016 – , les épiscopats sont en pleine réflexion, voire déjà au travail, comme en témoignent la session d'automne des évêques français à Lourdes ou, chez nous, le contenu du dernier bulletin de l'archevêché Pastoralia. Qu'est-ce qui pourrait ou devrait changer ? Pour faire simple, le pape voudrait mettre l'accent sur la "pastoralité" des candidats à la prêtrise plutôt que sur la stricte observance de l'orthodoxie, qui pourrait cacher bien des fragilités humaines. "Si un prêtre n'est pas formé pour être un bon pasteur, toutes ses connaissances intellectuelles ne lui serviront à rien." Même si les idées de Bergoglio sur la prêtrise restent archi-classiques, par exemple à l'égard des éventuels can-didats gays, on ne niera pas que cette vision des choses relève du bon sens.

Difficile de s'empêcher pourtant de s'interroger : tous ces efforts réformateurs peuvent-ils encore servir à quelque chose... ? Le nombre total de sémina-ristes en France était de 662 en 2016, dont 25 % provenant d'autres pays et un sur six dans "l'archi-tradi Communauté Saint-Martin"[1]... En Belgique, Pastoralia [2] en compte 19 en ce moment même pour la partie francophone de l'archidiocèse, dont seulement 2 d'origine belge, toutes années confondues.

Quant à la réflexion sur le diaconat [3], en particulier féminin, elle se poursuit en attendant que la Commission romaine rende ses conclusions et que le pape François puisse tracer un chemin. Plusieurs publications récentes de Golias se sont intéressées à ce sujet et les évêques et théologiens interrogés indiquent plusieurs voies que l’on pourrait résumer en deux idées : d’une part, rien ne s’oppose à l’ordination de femmes pour le ministère diaconal ; mais d’autre part, cette problématique se révèle bien plus large parce que beaucoup de diacres d'aujourd'hui (masculins) ne correspondent plus au diaconat tel qu'imaginé à Vatican II, en particulier parce qu'ils sont utilisés en suppléance du manque de prêtres : avant d'inviter les femmes au diaco-nat, il faudrait en priorité repenser les ministères, et de fond en comble.[4]

On n'a par contre guère parlé chez nous de l'initiative des évêques brésiliens de consacrer toute cette année (liturgique) à "célébrer la présence et l'orga-nisation des laïcs, hommes et femmes chrétiens au Brésil, en tant que Peuple de Dieu; approfondir leur identité, leur vocation, leur spiritualité et leur mission; et témoigner de Jésus Christ et de son Royaume dans la société". On assure que les débats devraient porter en priorité sur les préoc-cupations des Églises locales. Nos amis français de Nous Sommes Église [5] ont relevé que plusieurs réseaux internationaux demandeurs de réforme soutenaient cette initiative, l'enviaient même, rêvant que l'épiscopat français ait un jour la même audace. Et en Belgique, à quand une "année des laïcs" ?

[1]  Communauté caractérisée par une relativisation affichée de Vatican II... Lire là-dessus Demain, plus de séminaristes ?, dans Golias-Hebdo n° 503 du 16.09.2017.

[2]  Pastoralia, n° 10, décembre 2017, p. 5.

[3]  Albert Rouet, Diacres. Une Église en tenue de service, Paris, Médiaspaul, 2016. Voir aussi son interview dans Golias-Hebdo n° 505 du 30 novembre 2017.

[4]  Lire l'article d'un théologien bien informé de ces questions et qui n'est pas du tout un franc-tireur : Michel Legrain, L'Église catholique appelée à fonctionner autrement ? in Golias Magazine,  n° 176, septembre-octobre 2017, pages 66-81.

La lettre de H.L.M. septembre 2017

 

À la dernière rencontre de Hors-les-Murs en juin dernier, nous nous sommes risqués à relayer la question que plusieurs groupes se posent autour de nous et qu'ils nous adressent avec un peu d'insistance : "quelle attitude adopter concernant une éventuelle évolution des règles d'accès aux ministères ?"

Les vacances étant un temps de découvertes et de rencontres, mais aussi un temps de lecture, deux livres[1] parus ces derniers mois m'ont accompagné, qui auraient pu fournir quelque éclairage sur ce questionnement. Je revien-drai une prochaine fois sur le livre d'Alphonse Borras qui mérite plus qu'une simple allusion dans cette lettre. J'ai abordé celui de Luc Forestier avec bienveillance, surtout pour son présupposé du titre au pluriel et pour son insistance sur la fonction de "vigilance" des ministères (p. 154s..), qui «implique bien plus de chrétiens que les seuls évêques. Bien des épisodes de l'histoire de l’Église catholique montrent à quel point ce sont des laïcs, des religieux, des religieuses qui ont été porteurs de cette vigilance chré-tienne ». J'attendais donc beaucoup de ses trois derniers chapitres à propos des "ministères confiés à des laïcs". Mais c'est finalement très décevant : pas seulement parce que la théologie utilisée est purement théorique, c'est un choix habituel et qu'on peut admettre, mais surtout parce qu'elle repose sur cet a priori, que c'est la dimension structurelle (et donc hiérarchique) qui commande les critères et les choix à opérer. J'avais cru comprendre du Concile que c'était au contraire le Peuple de Dieu qui était (re)devenu le lieu central et la base de toute réflexion. Pas étonnant dès lors que l'auteur ne fasse même aucune allusion à Albert Rouet ou à Fritz Lobinger, que nous avons souvent cités dans ces pages, à leurs recherches sur les ministères à partir de la vie et des besoins des communautés.

À la question posée ci-dessus, c'est certainement dans cette direction qu'irait donc ma réponse personnelle. Mais vous, qu'en pensez-vous ?

[1]  Luc Forestier, Les ministères aujourd'hui, Salvator, 2017, 206 pages et Alphonse Borras, Quand les prêtres viennent à manquer, Médiaspaul 2017, 206 p.

 

La lettre de H.L.M. juin 2017

 

Hors-les-Murs vient de tenir son Assemblée Générale 2017 ce dimanche 4 juin : même si nous avons renoncé à notre statut d’a.s.b.l., l’association vit toujours et continue d’entretenir les mêmes contacts, tant à l’extérieur qu’avec ses membres. Nous étions donc une bonne vingtaine pour échanger sur les activités de l’année écoulée, en particulier l’accompagnement de deux ‘sortants’, l’état des finances, les contacts institués en Belgique, les relations internationales… Et hors de toute contrainte administrative, nous avons donc eu des retrouvailles très amicales, très agréables, et nous n’avons manqué de rien à l’auberge espagnole ! Trois membres ont accepté la charge d’administrateurs de l’association pour l’année à venir, Marie-Astrid Lombard, Jean-Marie Culot et moi-même.

Sur la question de fond qui nous est renvoyée par plusieurs groupes en Belgique mais surtout à l’étranger, et qui concerne l’attitude à adopter par rapport à une éventuelle évolution des règles d’accès aux ministères,  voire notre responsabilité d’interpeller nos évêques sur ce sujet, il n’y a pas eu d’accord évident entre nous : la discussion reste ouverte et vous concerne tous, évidemment. À suivre au prochain numéro…

 

La lettre de H.L.M. mars 2017 

 

Vers des prêtres mariés au Brésil ?

À suivre les médias d'un peu près, il n'y a pas que de la polémique dans l'entourage du pape François qui semble avoir bien du mal avec ses collègues cardinaux. Il y a heureusement aussi quelques perspectives libératrices. Si on peut faire confiance à son ami Leonardo Boff en tout cas... Dans une interview qu'il accordait au Kölner Stadt-Anzeiger à Noël, Boff s’attend à ce que les ex-prêtres mariés soient réintégrés dans la pastorale. “Les évêques brésiliens l’ont formellement demandé au pape”, affirme l’ancien franciscain. Et il assure, d’après des informations provenant de l’entourage du pape, que ce dernier aurait la volonté de répondre positivement à cette demande, du moins pour une phase expérimentale au Brésil. “En même temps, il s’agirait d’une impulsion pour que l’Église catholique supprime le fardeau du célibat obligatoire”. Il continue de souligner ce manque de prêtres, notamment au Brésil, remarquant qu'“il n’est pas étonnant que les fidèles se rendent en masse chez les évangéliques et les pentecôtistes pour combler ce vide d’accompagnement spirituel”.

Ces informations semblent bien dans la ligne de la déclaration du pape François à l'évêque Erwin Kraütler en avril 2014 – "Vous, les évêques, soyez donc plus courageux, faites-moi des propositions concrètes!" – et ont été relayées par l'évêque Demetrio Valentini à Aparecida le mois dernier. Bien sûr, il est loin d’être acquis que les quelque 100 000 prêtres mariés dans le monde soient désireux de reprendre du ministère, loin de là, et certainement beaucoup moins en Europe qu’en Amérique latine. Mais quand on parle de cela dans les pays du Sud, on renvoie volontiers à la proposition de l'évêque Fritz Lobinger[1] que nous avons souvent évoquée ici et à laquelle le pape penserait aussi, d’ordonner des "prêtres de communautés", non plus une "caste" de professionnels "séparés" du peuple, comme c’est le cas du clergé aujourd’hui, mais des personnes qui ont fait leurs preuves dans l'animation de leur "communauté de base" tout en continuant leur métier et leur vie de famille.

ça bouge un petit peu en Europe…

La dernière livraison de l'agence italienne Adista revient sur tout cela à propos du Brésil, faisant remarquer que l'Europe ne s'est pas engagée plus loin que quelques belles paroles... avec de timides exceptions qui semblent à nouveau venir d'Allemagne : il y a eu en octobre cette pétition des laïcs du diocèse de Fribourg-en-Brisgau après le mariage de deux de leurs "jeunes" prêtres et qui a recueilli quelque 4000 signatures. Il y a eu aussi cette "lettre ouverte" de onze prêtres de Cologne[2] : ils assortissent leur demande de levée du célibat obligatoire, provoquant une solitude qui leur pèse de plus en plus avec l'âge, de 7 propositions essentielles dont leur refus des fusions de paroisses : « [...] la nécessité d’une langue qui soit à nouveau compréhensible aujourd’hui dans l’annonce du message biblique; [...] le besoin urgent de tentatives courageuses dans l’admission à l’ordi-nation : il n’y a aucun sens à continuer à prier le Saint-Esprit pour qu’il nous envoie des vocations presbytérales, et à exclure en même temps toutes les femmes de ces charges; [...] le besoin de lieux pour les communautés qui font l’expérience de la foi, c’est-à-dire l’Église centrée dans la paroisse locale. »  La même livraison de Golias-Hebdo cite aussi le témoignage d'un groupe de prêtres mariés d'Arras dans La Voix du Nord  en septembre dernier : ils se plaignent en particulier de la manière infantilisante dont ils sont traités et demandent un minimum de respect.

Une curieuse polémique vient de surgir en France à l’occasion de l’annonce du projet de mariage d’un jeune curé de 46 ans.[3] S’il n’est pas le premier, il est par contre très connu. « Son nom est David Gréa, mais chez lui à Lyon il est parfois appelé David Guetta. Parce qu’il est bel homme, qu’il est apparu sur Twitter en col romain et sabre laser façon Star Wars et qu’il ouvre chaque dimanche son église Sainte-Blandine au groupe Glorious qui joue de l’électro-pop-louange, une musique aux thèmes évangéliques avec guitare, basse, batterie et synthé. […] C’est une figure charismatique, ce qu’on fait de mieux en matière de réveil missionnaire. Une sorte de pasteur évangélique fait curé. Un entrepreneur de Dieu, un "leader" comme on en cherche partout sans en trouver assez. »  Son départ fait l’effet d’un cataclysme… Au point que le cardinal Barbarin lui a ménagé une entrevue avec le pape François dans l’espoir fou d’obtenir une exception : sans succès… Car voilà : David paraît tellement sûr de lui qu’il estime que c’est encore Dieu lui-même qui l’appelle, mais cette fois à vivre dans le mariage.  Levée de boucliers de ses collègues qui l’appellent à un peu plus d’humilité : « Un homme quitte sa femme. Une femme quitte son mari. Un prêtre quitte le sacerdoce. Situations devenues banales, mais souvent terribles pour le conjoint, la famille, la communauté délaissée. […] Des fidélités successives sont-elles encore des fidélités, sans parler d’une fidélité devant Dieu ? »

Vous avez dit "vocation"… ?

Mais quand donc en finira-t-on de faire endosser par Dieu ce qui concerne au plus haut point la liberté et la responsabilité humaines… ? Un article d'une clarté éblouissante de Jose Maria Castillo[4] titre d'emblée : « Jusqu'au XIIIe siècle, la vocation n'a pas été considérée comme un appel par Dieu, mais par la communauté ».  Il développe ce sujet sur base d'une étude du Père Congar en 1966... : « C'est la communauté qui choisit et nomme la personne que l'assemblée juge la plus apte à remplir cette charge... Il est grand temps de changer la législation actuelle et de renouer avec la pratique du vote et de l'imposition des mains des premières "églises". (Ac 14,23) » Le théologien poursuit sur le thème de la "perpétuité" du ministère qu'il met résolument en question sur base de « la pratique du premier millénaire concernant... les évêques et les prêtres qui s'étaient rendus indignes de leur fonction : ils sont mis à pied et à la rue...! Le "caractère sacramentel" a été inventé au XIIe siècle.» Castillo interprète donc ici la perpétuité au niveau canonique là où d'autres situent généralement la fidélité au plan moral. On aurait aimé bien sûr que l’histoire nous livre aussi d’autres exemples de non-perpétuité qui ne seraient pas forcément des sanctions pour des fautes commises…

C’est une question qu’on discute depuis si longtemps entre nous qu’il nous est difficile d’entendre le récent discours du pape François devant les délégués des religieux : « C’est la culture du provisoire qui aggrave cette saignée, et de citer en exemple un jeune diplômé engagé dans une paroisse qui avait confessé à son évêque vouloir devenir prêtre mais pour dix ans… » Plutôt que de se plaindre d’un contexte qui induirait ce genre d’attitude non définitive, ne serait-il pas sage de relire la Dynamique du provisoire du frère Roger de Taizé (1968)… ? Et de continuer d’inviter, comme dans Amoris Lætitia, « à essayer de discerner l’intelligence des situations ».

[1]  voir p. ex. Emilia Roblès, Experiencias latinoamericanas, in R. Alario, P. Collet, J. Mulrooney, Prêtres dans des communautés adultes, 2015, p. 233-248.

[2]  citée par Gino Hoel in "Hémorragie" : 3000 religieux et 650 prêtres partent chaque année, in Golias Hebdo n° 467, 9 février 2017. "Depuis 5 ans, cela s'aggrave d'année en année".  À lire sur  www.pretresmaries.eu/fr/Publications.html#551

[3]  Voir entre autres Golias Hebdo n° 470, 2 mars 2017.